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Séduction

Ma foi, Kate, (...) je me réjouis que tu ne saches pas mieux parler anglais, car si tu le pouvais, tu trouverais en moi un roi si simple que tu penserais que j'ai vendu ma ferme pour acheter ma couronne. Je ne sais pas faire le douceureux en amour, je dis carrément : "Je vous aime", et si vous allez plus loin que de me dire : "Est-ce vrai ?", je serai pris de court. Donnez-moi votre réponse, de grâce, et puis tope là, marché conclu. Qu'en dites-vous, madame ?

William Shakespeare (Henry V)

Parbleu, si vous vouliez que je fasse des vers et que je danse pour vous, Kate, alors, je serais perdu : pour les vers, il me manque les mots et la mesure ; et pour la danse, je ne suis pas fort pour la mesure, encore que j'aie une bonne mesure de force. Si je pouvais conquérir une dame à saute-mouton, ou en bondissant en selle avec mon armure sur le dos, soit dit sans me vanter, j'aurais vite fait de sauter et de gagner une femme. Ou bien si je pouvais me battre à coups de poing pour mon amour, ou faire caracoler mon cheval pour gagner ses faveurs, je saurais cogner sur un boucher, et me tenir en selle comme un singe, sans tomber. Mais devant Dieu, Kate, je ne sais pas prendre un air transi, ni soupirer avec éloquence, ni protester habilement de mon amour ; je ne connais que des serments sans ambages, que je n'emploie que si l'on m'y pousse, et que je ne viole jamais, même si l'on m'y pousse. Si tu peux aimer un garçon de cette trempe, Kate, dont le visage n'a même plus à craindre les brûlures du soleil, qui ne regarde jamais dans son miroir pour le plaisir de ce qu'il y verrait, que ton oeil me cuisine à son goût. Je te parle simplement en soldat. Si tu peux m'aimer comme je suis, prends-moi. Sinon ? Te dire que je mourrai, ce serait dire vrai ; mais par amour pour toi, Seigneur, non. Et pourtant je t'aime. Et tant que tu vivras, chère Kate, prends un homme d'une constance droite et entière, immanquablement il se conduira bien avec toi, car il n'a pas le don de faire sa cour ailleurs : car ces gaillards à la langue intarissable, qui s'insinuent dans les faveurs des dames, à force de vers rimés, trouvent toujours de belles raisons pour se dégager ensuite. Eh quoi ! un beau parleur n'est qu'un babillard, un poème en vers n'est qu'une ballade ; avec le temps, nos jambes fermes s'affaissent, un dos droit se courbe, une barbe noire blanchit, une tête bouclée devient chauve, un beau visage se fane, un oeil vif se creuse ; mais un vrai coeur, Kate, c'est le soleil et la lune, ou plutôt le soleil et non la lune, car il brille avec éclat et ne change jamais mais suit fidèlement son cours. Si tu veux un homme comme celui-là, prends-moi ; prends-moi et tu prends un soldat ; prends un soldat, et tu prends un roi. Eh bien, que dis-tu de mon amour ?

William Shakespeare (Henry V)

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